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Ariana Graes - "Rêves et désillusions"

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Ariana Graes - "Rêves et désillusions"

Message par Ariana Graes le Mar 2 Aoû - 22:49

Ariana a écrit: ( https://youtu.be/ED88gyAgNcs )

Cher journal,
J'écris en ce deuxième jour du huitième mois de l'an 36 pour raconter une histoire, ou du moins, ses vestiges, ses grandes lignes.
J'ai jamais été douée pour l'écriture et je ne le serais jamais; je suis un soldat et non pas une romancière mais j'avais envie de laisser quelque part la trace de mon existence avant que ce monde infâme me broie et me tue.

Quand on est gamin on pense que le monde se résume à sa famille et sa petite maison, on pense pas aux malheurs ni même à la mort; On est "innocent".
J'ai grandi comme tout les enfants de marins en grimpant aux mats et en courant sur les pontons en bois. Mon monde se résumait à la navigation, la pêche, le commerce, les tavernes remplies d'étrangers, une mère aimante et un père aventurier.
Mon père.
Certains disent que les petites filles tombent amoureuses de leur père et cherchent toute leur vie un être égal à l'admiration que ce père inspirait. Alors oui, je suppose que j'ai été amoureuse de mon père, que je lui vouait un véritable culte d'admiration et que je ne jurait que par son nom. Étant fille unique, j'avais en plus la joie de recevoir toute l'attention de ce père pendant mes huit premières années.
A l'âge de huit ans, je rêvais de grandes aventures en mer en écoutant les piliers de bar de la Baie qui levaient leurs chopes de manière maladroites, arrosant leurs chemises crasseuses et leurs barbes non taillés, alors qu'ils revivaient de fulgurantes batailles contre des monstres qui me semblaient aussi lointain que les rêves. Ils en avaient tous des histoires, certaines tristes et d'autres merveilleuses.
Les femmes des marins, les courtisanes et autres nymphes chantaient les épopées extraordinaires des équipages et leurs bateaux tous les plus célèbres les uns que les autres et ce si bien que ces conteurs prirent une place toute particulière dans mon coeur lorsqu'en étant devenue adolescente, et alors que je fuyais ma routine manquant cruellement d'aventures, je m'asseyais a une table isolée et que j'écoutais.
J'écoutais pendant des heures durant les conversations des marins, des étrangers, des femmes et des habitués.
Parfois la main calleuse d'un marin se posait sur mon épaule quand celui-ci me reconnaissait ou qu'il me prenait pour l'une de ces prostituées qui offraient leurs services aux hommes égarés.
Père disait de ces femmes qu'elles étaient capables d'effacer du coeur des hommes toutes les douleurs qu'il refermait.
C'était une jolie image pour une enfant qui ne connaissait rien à l'amour ni au plaisir.
Même si la plus belle des images dans le coeur d'un enfant est celle de ses parents s'aimant.
Mes parents s'aimaient, c'était là une certitude que j'ai eu toute mon enfance. Puis l'image s'est dégradée au fil et à mesure du temps quand mon père, qui rentrait bredouille de plusieurs mois de navigation, passait voir ces mystérieuses femmes pour qu'elles effacent les douleurs de son coeur puis, il rentrait après avoir bu et on le retrouvait le lendemain sur les quais.
Lorsqu'on grandit on cherche un modèle à suivre et bien souvent la figure paternelle s'illustre dans ce rôle. Enfin, pas dans tout les cas.  L'amour et l'admiration dont il fut l'objet bientôt se transforma en haine et en dégoût.
Et l'image d'amour éternelle entre mes parents devint le plus grand des mensonges à mes yeux.
Ma mère devint alors mon héroïne et mon modèle de courage alors qu'elle faisait face à l'homme le plus détestable de toute cette terre.
Il l'a battait quand il était sobre et l'insultait quand il était trop soûl pour pouvoir bouger de sa chaise.
Et elle ne disait rien, ne rappliquait pas, trop gentille ou trop sotte pour oublier qu'elle l'avait aimer.

Que faire quand toutes les choses auxquelles vous avez cru de tout votre coeur, tout ce qui constituait votre monde, s'effondre pour devenir un cauchemar immonde ?
Et bien on reste là à regarder son monde s'écrouler en priant que ce ne soit pas une réalité. On se persuade aussi fort que l'on peu que tout pourra s'arranger puis on se pose des questions.
On se pose des questions sur le pourquoi et le comment des choses.
"Est-ce ma faute ?"
"Comment j'aurais éviter que ça en arrive là ?"
"Et comment ce serait passé si j'avais  agit ?"
On se pose des questions aussi inutiles que torturantes.
On cherche des réponses, on se perd.

Puis il arrive un temps où votre conscience, votre coeur et votre instinct se mettent dans un commun accord et que la fuite ne devienne votre seule option envisageable pour vivre.  
Vous voulez oublier, alors vous partez.

Et c'est comme ça que j'ai fuis.    
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Ariana Graes

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